Perspectives depuis le piquet : Compte-rendu des grèves des livreurs du 4 octobre 2018


 

Compte-rendu de la grève des livreurs Uber Eats à Londres, Cardiff, Glasgow, Endimbourg et Newcastle

Article original écrit par Jamie Woodcock et Lydia Hughes pour le site Notes From Below


La dernière grève du 4 octobre dans le secteur les plateformes de livraison a pris un caractère différent des précédentes grèves qui avaient eu lieu au Royaume-Uni et en Europe. Jusqu’ici, la plupart de ces grèves avaient surtout consisté en une « déconnexion », ou en grève sauvage, où les livreurs convergent ensuite vers un point central pour une manifestation ciblant une plateforme en particulier. Au Royaume-Uni, cela voulait dire refuser de travailler et organiser une manifestation devant le siège de Deliveroo ou d’Uber. Ces manifestations vibrantes et chaotiques démontraient une puissance collective des travailleurs, qui pouvait également s’exprimer dans des piquets de grève dans les restaurants avoisinants.

Pour la grève du 4 octobre, un appel à manifester devant les bureaux d’Uber avait initialement été lancé. Cependant, contrairement aux précédentes manifestations, la majorité des travailleurs en grève ont plutôt choisi de rester dans leur zone de livraison. Cela a d’abord donné l’impression que la grève n’avait pas réussi à proposer d’actions aussi puissantes et soutenues que par le passé. Cependant, l’absence d’un point de rassemblement central n’a pas empêché les travailleurs de s’organiser pendant cette journée, mais cette fois-ci de manière beaucoup plus dispersée. Les livreurs d’UberEats se sont retrouvés autour des McDonald de leur zone, ce qui a créé un point d’ancrage où les grévistes ont pu organiser les piquets. Comme vous pouvez le voir ci-dessous, les livreurs en grève ont réussi à faire respecter les piquets dans ces McDo, tout en encourageant les autres livreurs à se joindre à eux, ont pu accroître la puissance de la grève. Dans cet article, nous avons rassemblé des comptes-rendus provenant de Londres et d’autres villes du Royaume-Uni. On distingue un changement tactique qui a permis d’étendre les actions en mobilisant de plus en plus de livreurs capables de s’impliquer activement dans le piquet et de s’organiser autour de leur lieu de travail.

Londres :

A Lewisham et Greenwich, dans le sud de Londres, les livreurs ont participé à un piquet mobile pendant 2h30 vers Cutty Sark, Lewisham, autour du O2 Arena (une salle omnisports construit pendant les JO de Londres), Blackheath et New Cross. Aucun livreur de Deliveroo n’a pris de commande, ce qui a obligé les restaurants déjà très occupés à annuler un grand nombre d’entre elles. Certaines restaient en attente pendant des heures et Deliveroo a été forcé d’introduire un bonus de £2 par livraison pour briser la grève.

À Erith, dans le sud-est de Londres, les livreurs ont mis en place pendant la nuit un piquet de grève très fort devant le MacDonald. Le nombre de gréviste a augmenté rapidement, car les livreurs venant chercher des commandes ont été invités à ne pas les prendre et à rejoindre le piquet.

À Surbiton, les livreurs de Shepherds Bush et Hammersmith ont forcé McDonald à  éteindre la tablette et à se déconnecter pour qu’aucun client ne puisse commander.

Deux semaines plus tôt, le piquet de North Finchley (dans le nord de Londres) avait dégénéré sur des actes violents alors que les grévistes essayaient d’empêcher les autres de travailler. Cette fois-ci, la plupart des cinquante livreurs mobilisés sont simplement restés chez eux, sans travailler mais sans entretenir de piquet non plus. La douzaine restante s’est déconnecté et a organisé le piqué devant les McDonald de la zone, seuls deux livreurs ont continué à récupérer en voiture des commandes. Bien qu’il n’y ait pas eu de blocus ou de piquet mobile, le manque de livraisons a suffi à énerver le directeur de McDonald’s, qui a appelé la police pour réprimer les militants d’IWW et a menacé de « détruire » leurs tracts.

Les livreurs étaient également en grève dans le sud-ouest de Londres. À Oldsfield, il y a eu des tensions entre des grévistes et des briseurs de grève qui tentaient quand même d’aller chercher des commandes. Dans d’autres McDo du sud-ouest, la majorité des livreurs étaient en grève, mais ils n’ont pas organisé de piquets, de sorte que les briseurs de grève n’ont pas été contestés. A Putney, Deliveroo a également été contraint de payer 1 £ de plus par livraison pour inciter les livreurs à briser le piquet. Les travailleurs ont tenu bon et aucune commande n’a été récupérée.

La grève à Putney

Dans l’est de Londres, au McDo de Bethnal Green, de nombreux livreurs avaient participé à la grève la semaine précédente et étaient extrêmement en colère contre UberEats qui les avaient ignorés. Les militant.e.s de l’IWW et les livreurs ont également eu l’occasion de parler à des travailleurs qui n’étaient pas au courant de la grève et qui se sont joints à leur piquet.

Àu McDo d’Holborn, au centre de Londres, les livreurs, les membres de l’IWW et des étudiants ont tenu fermement la ligne de piquet qui n’a pas été franchie. Les étudiants sont venus en force depuis les universités avoisinantes pour soutenir les grévistes, au grand dam de la direction de McDonald.

Newcastle :

Des livreurs d’UberEats se sont rapprochés de la section IWW de Newcastle quelques jours avant la grève pour voir quelles actions étaient possibles. Les travailleurs avaient une réelle envie d’en découdre mais avaient besoin de soutien. La grève a commencé au McDo de Northumberland Street où les livreurs et les sympathisants se sont rassemblés avec des banderoles et des pancartes. Le piquet de grève s’est ensuite déplacé au McDo de Grainger Street juste à côté, où d’autres livreurs encore se sont joints à la manifestation. Il y a eu un énorme soutien de la part des passants qui se sont arrêtés et ont offert leur solidarité aux grévistes.

Les grévistes de Newcastle

Bristol :

Le Réseau des Coursiers de Bristol a réuni plus de 100 travailleurs pour une grande manifestation qui a débuté au McDonald de Broadmead. Un gréviste déclarait pendant un discours :

Il y a, comme vous le savez, des tas de gens au-dessus de nous qui ont l’intention de faire baisser les tarifs et d’aggraver la situation pour tout le monde. C’est ce qu’on refuse. C’est pourquoi nous devons être ici ensemble et à nous battre ensemble. Pour cette raison, chacun d’entre nous menons cette grève collectivement, nous allons leur montrer que nous avons la force – la force de demander ce qui est juste, pour tous ceux qui travaillent pour Uber et Deliveroo.

Ils ont imposé les mêmes revendications à UberEats et Deliveroo : 5 £ par livraison, 17 pence par minute d’attente dans les restaurants (soit l’équivalent de 10 £ l’heure), plus de transparence concernant l’algorithme et le fonctionnement de l’application, et qu’aucune représailles ne devait être entreprise contre les grévistes. Cette grève a été l’une des plus grandes mobilisations que les plateformes de livraisons aient jamais connues en dehors de Londres. Lorsque Deliveroo a envoyé la « Riders engagement team » (équivalent des Ops en France, l’équipe chargée de faire la liaison entre les livreurs et le bureau) quelques jours plus tard, les livreurs leur ont officiellement présenté leurs revendications. Des actions futures sont prévues jusqu’à ce que leurs revendications soient pleinement satisfaites.

Les grévistes de Bristol

Cardiff

A Cardiff, l’IWW Couriers Network Cymru a organisé la grève des livreurs d’UberEats. C’était une grève solide avec très peu de briseurs de grève. Tous ceux qui ont été tentés de franchir le piquet de grève ont pu être déçus parce que les militants ont réussi à convaincre un bon nombre de restaurants d’éteindre leur tablette pour la durée de la grève, notamment les deux McDonalds les plus importants du centre-ville.

40 livreurs UberEats ont rejoint une manifestation particulièrement animée, avec plus d’une centaine de travailleurs, pour soutenir la grève des Fast Food dans le centre-ville de Cardiff. La foule s’est rassemblée devant McDonalds avant de se diriger vers les autres McDo et finalement à l’intérieur du TGI Fridays (chaine de Fast Food américaine). Le meeting qui s’y tenait était organisé par les livreurs qui ont donné leur témoignage personnel et ont décrit ce que ça signifie de vivre avec un salaire à 3-4 £ de l’heure. Les livreurs ont ensuite adressé à Uber Eats leurs revendications d’un revenu à 5 £ par commande et 1 £ par mile(1,6km) effectué.

D’autres syndicats sont venus en force, avec UCU (le syndicat étudiant), PCS (Public and Commercial Services Union, un des principaux syndicats des services publics britanniques), Unite (le plus grand syndicat britannique et irlandais), les Trades Council de Cardiff (Branche locale du TUC, le syndicat britannique proche du parti Labour) ainsi que le Labour, tous soutenant les livreurs  en grève.

Écosse :

En Écosse également, la grève a été plutôt soutenue. À Glasgow, le réseau IWW Couriers Network a organisé deux manifestations pendant les pics d’activité, chacune attirant non seulement des livreurs mais aussi des soutiens. La grève a eu un impact énorme sur le centre-ville de Glasgow et a empêché les McDonald’s de recevoir des commandes. Les livreurs ont pu poursuivre l’élan suite à leur dernière grève du 10 septembre et  semblent être de plus en plus forts et organisés.

Les livreurs d’Edimbourg ont également fait grève. Ils ont organisé des piquets sur les principaux McDonald’s situés à Princes Street, puis ils ont distribué des tracts aux passants et aux autres livreurs.


Par Jamie Woodcock (@jamie_woodcock) et Lydia Hughes (@lydiakathleenh)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s